Ere de jeu
Association d’insertion par la culture dans les quartiers prioritaires, l’Ère de jeu a monté son premier projet avec la Fondation sur la saison 2009-2010. Fais-moi lire, Fais-moi écrire est un objet de sensibilisation à la lecture et à l’écriture finalisé par la création d’un spectacle. Présentation par Pascale Paulat, la fondatrice de l’association.
L’association Ère de jeu est créée en 2002. Sa mission : aider les enfants et les adolescents à accéder à l’éducation par la culture. Elle le fait à travers des ateliers de théâtre, de danse, de musique, de lecture et d’écriture. De cette initiative, un festival naît, Escapades ; suivent Ô 4 vents et Les Pestacles. Puis, l’association développe par le biais d’interventions artistiques des actions de sensibilisation dans les quartiers et les établissements scolaires classés en zone d’éducation prioritaire des 10e et 19e arrondissements de Paris, ainsi qu’à Montreuil. Dernier projet en date, Fais-moi lire, fais-moi écrire propose à des élèves participants de se plonger dans des textes de dramaturges contemporains et de les réinterpréter sous forme théâtrale.

De quel constat l’association Ère de jeu est-elle née ?
C’est en devenant maman que je me suis aperçu du manque de visibilité des spectacles de qualité pour enfants à Paris. Je travaillais alors comme chargée de production dans une compagnie de danse. Et je constatais le manque d’action culturelle autour des spectacles jeunes publics à Paris. L’action culturelle, c’est créer du lien avec le public, l’accompagner à la découverte d’une œuvre. On ne découvre jamais une œuvre au hasard… J’ai donc monté en 2003 un festival pluridisciplinaire pour la jeunesse à Paris. Un peu comme le Festival d’automne, Escapades établit des partenariats avec des établissements culturels, qu’ils soient musées, théâtres ou lieux alternatifs (musée du Louvre, Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées, cinéma de l’Archipel…). Car ce n’est pas parce qu’il y a les plus beaux musées à Paris que les gens se déplacent… Paris est en cela très différent des régions.
En quoi, justement ?
En Région, il y a des Scènes nationales qui ont les moyens de faire de l’action culturelle. Elles se constituent, fidélisent un public. À Paris, j’ai constaté à quel point les gens pouvaient vivre dans une méconnaissance de leur environnement culturel. J’ai vu des gamins de troisième du quartier de la Grange-aux-Belles (10e arrondissement) qui n’étaient jamais allés sur les Champs-Élysées alors que je les emmenais au Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées ! Pourtant, c’est au bout de la rue… C’est comme à Calais, les gamins qui ne connaissent pas la mer !
De l’action culturelle à l’action solidaire, il n’y a donc qu’un pas…
C’est en 2005 que j’ai mené ma première action en faveur d’un public défavorisé. Avec la compagnie L’Artifice (Dijon), il s’agissait d’animer des ateliers d’écriture sur le thème de la peur. Ça s’appelait Le Grand Ramassage des peurs, dans le 10e arrondissement de Paris. On écrivait ses peurs que l’on déposait dans des poubelles prévues à cet effet. À notre grande surprise, plus de 2 000 personnes, de 8 à 20 ans, ont répondu présents. Une centaine de « peurs » ont été retenues pour le spectacle. Et tous les jeunes et leurs parents qui avaient participé au projet sont venus au spectacle. Gros succès, là aussi. J’en ai déduit qu’il y avait une demande, ce que m’a confirmé la réactivité des centres sociaux, de la CAF, de la Ville de Paris… Ce projet nous a amenés à en inventer un autre, Fais-moi lire.
Qui a fêté cette année sa troisième édition…
L’idée, au départ, était de faire lire du théâtre. Cette écriture marche très bien auprès des jeunes lecteurs, les enseignants vous le confirmeront. Nous avons alors décidé de nous caler sur la programmation de lieux comme le Théâtre de la Ville et le Théâtre de l’Odéon pour faire le choix des auteurs. Sur une saison, des enfants du 10e et du 19e arrondissements de Paris ainsi que de Montreuil étudient des textes pour participer à un projet artistique. D’octobre à décembre, les groupes d’élèves découvrent les textes. De janvier à mars, ils participent à des ateliers théâtre et rencontrent les auteurs des textes. Puis, de mai à juin, ont lieu les restitutions de la création. Cela a plusieurs vertus, outre le fait de lire : cela crée du lien dans le groupe et cela permet aux aînés, les mamans, de se remettre dans un cycle d’alphabétisation. Une première création est née de ces ateliers. La compagnie Chantier Théâtre dirigée par Florence Lavaud avait décidé de créer un objet sonore. Après avoir assisté à sa conception avec l’ingénieur du son, les dix groupes se sont retrouvés allongés dans le noir, à la Chapelle des Récollets, à écouter les textes qu’ils avaient dit.
Cela a-t-il donné lieu à d’autres créations ?
Oui, pour la deuxième édition, la chorégraphe Nathalie Perrette a travaillé avec un cinéaste sur un moyen métrage de 30 minutes. Chaque groupe avait une scène. Les participants ont dû travailler là sur le corps, ce qui était difficile pour les ados. Et la restitution a eu lieu dans l’auditorium des Arts déco et au cinéma l’Archipel (Paris).
Comment êtes-vous passée à l’écriture avec l’édition Fais-moi lire, Fais-moi écrire ?
C’était la première action soutenue par la Fondation. J’ai proposé à un collectif de comédiennes, Les Gazelles, de travailler avec Gustave Akakpo. Gustave, un jeune auteur que je tiens pour être le Molière togolais tant il sait aborder les sujets graves sous forme de farce, a supervisé les ateliers. Plusieurs auteurs ont participé, Nancy Huston et son fils Sacha Todorov, Olivier Py, Fabrice Melquiot et Mike Kenny… Les participants se réapproprient leurs textes ; ils les réinterprètent. Au final, cela a donné lieu à un spectacle et à un livre avec les 183 textes des 183 participants…
Allez-vous pérenniser cette action ?
Oui, et l’élargir. Je crois aux actions dans la durée. Pour la quatrième édition, nous aimerions y intégrer de la musique avec des compositeurs venus autant de la musique contemporaine, du genre médiéval que de la chanson. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, obligés d’être sans cesse plus inventifs tant au niveau de nos actions que de leur financement. Alors que nous nous situons comme de purs produits du service public, 45 % de nos fonds sont privés. J’ai beaucoup voyagé, notamment dans les pays anglo-saxons. Cette mixité de financement y est naturelle. C’est là-dessus que nous devons nous appuyer désormais pour nos actions solidaires…


