À Fontenay-sous-Bois, la classe d’approfondissement aux arts plastiques du lycée Pablo-Picasso permet chaque année à vingt-quatre nouveaux bacheliers de se présenter aux concours des grandes écoles d’art.

Vanessa Paradis y fut élève. Mais ce n’est pas la seule fierté du lycée Pablo-Picasso. Outre la curiosité d’aller sur les pas de la vedette de la chanson, on peut également s’y rendre pour parfaire ses aptitudes au dessin, à la peinture, aux arts plastiques. C’est une des originalités et caractéristiques de cet établissement comptant parmi les deux lycées de la ville de Fontenay-sous-Bois (Académie de Créteil). Sorte de navire amiral posté à une centaine de mètres de la gare RER Val-de-Fontenay (ligne A), ce lycée de 1 200 élèves a initié il y a seize ans une classe postbac d’approfondissement en arts plastiques qui reste un modèle du genre. Une initiative qui semble entrer en résonance avec la vision d’un établissement public soucieux de sensibiliser à la chose artistique à travers une multiplicité d’activités tournées vers la poésie, le slam ou le théâtre.

Dirigée par le professeur d’arts plastiques Charles Gallissot, la classe d’approfondissement en arts plastiques (CAAP) accueille chaque année vingt-quatre nouveaux bacheliers qui envisagent la poursuite d’études artistiques. Ils s’engagent alors dans une année de « détermination », un pont entre le lycée et l’enseignement supérieur, moment charnière d’interrogation sur la voie à choisir. Ainsi, en parallèle de dix-neuf heures hebdomadaires de cours de culture générale (philosophie, lettres, histoire, langues, sciences, infographie, photographie, musique…), quatorze heures de pratique et culture artistiques sont enseignées par semaine. La CAAP propose dès lors un projet de formation global fondé sur l’interdisciplinarité, avec l’ambition d’offrir aux élèves les outils et les repères fondamentaux pour construire non seulement leur réussite aux concours des écoles d’art, mais au-delà, leur parcours professionnel et leur vie d’adulte. Quelles sont les priorités de cette formation pluridisciplinaire ? Sur quoi se fonde l’interdisciplinarité ? « L’enseignement général dispensé en philosophie, lettres, langues vivantes, histoire, sciences, culture artistique, musique, danse, interroge et travaille la question de la modernité et de ses ruptures. Parallèlement, la pratique artistique des élèves se développe dans des ateliers d’arts plastiques, de photographie, d’infographie, de cinéma, de vidéo, ainsi que dans un atelier d’écriture. L’interdisciplinarité s’opère dans l’articulation des deux approches : les interrogations soulevées lors de la construction de la pratique artistique vont servir d’appui aux enseignements généraux », explique Charles Gallissot. « Ici aucune coupure fondamentale entre la pratique en arts plastiques et les cours théoriques… Ici aucune coupure entre l’élan créatif de l’élève et l’apport de connaissances et de savoirs », complète le professeur, en citant Sylviane Bernard-Gresh (in Apprendre et vivre l’art… Chronique d’une classe préparatoire, SCÉRÉN-CRDP-Académie de Créteil). Il poursuit : « Les élèves comprennent progressivement que pour construire une véritable réflexion plastique et le regard critique qui l’accompagne, il leur faut développer leur curiosité et leurs connaissances dans des champs larges, et s’approprier ces connaissances. Les outils analytiques et méthodologiques qui leur sont proposés se croisent et permettent, par la différence des approches, d’accroître leur capacité à se saisir de ce qu’ils font, à progresser avec exigence et ainsi à se construire durablement. »

Des expositions au lycée et au musée de Saint-Denis –en collaboration avec l’Université Paris VIII— ainsi que la participation au concours des Jardins de Beaune –en collaboration avec le Lycée Horticole de Montreuil— constituent les temps forts de cette année de préparation. Des temps privilégiés d’interrogation des pratiques et de leur sens. Au bout d’une année, les élèves sont prêts à se présenter aux concours de leur choix : écoles des Beaux Arts ou des Arts décoratifs, écoles des Arts appliqués ou écoles d’Architecture, en France ou à l’étranger. Et cette formation, apprend-on, compte peu d’échecs : à l’issue de cette année préparatoire, entre 95 % et 100 % des élèves sont acceptés dans une grande école d’art. À tel point que l’on se demande pourquoi le modèle n’a pas davantage été imité — à ce jour, seule la ville de Gagny a répliqué le modèle. Car, comme le rappelle Charles Gallissot, « la CAAP se veut une classe d’excellence, mais avec l’ambition de proposer cette excellence à ceux qui, hors de l’Éducation nationale, n’auraient pas les moyens d’entreprendre des études d’arts. »