Pour le lancement du premier programme « illettrisme » de sa Fondation, Carla Bruni-Sarkozy, accompagnée de Marie-Thérèse Geffroy, directrice de l’ANLCI*, s’est rendue sur le terrain, dans le Maine-et-Loire.
Première étape : l’usine de fabrication de palettes Francepal, située près de la commune rurale de Durtal. Son directeur Florent Joliveau mène une lutte contre l’illettrisme depuis deux ans. Après avoir été alerté par des erreurs répétées de certains de ses employés, des maladresses voire des accidents, il s’est rendu compte qu’un tiers d’entre eux peinait à déchiffrer les tableaux de commande, les consignes, les mesures. Problème d’illettrisme ? Qu’à cela ne tienne : « Personne ne doit rester à quai. » Il a fait appel à l’EnVol, une association de formation. Le formateur Olivier Galet raconte : « Dans ces petites équipes, le plus difficile à affronter c’est le regard des autres, la honte. Il leur a fallu beaucoup de courage pour s’en affranchir, assumer de ne plus savoir lire et écrire. »
Aujourd’hui, 22 mois et 200 heures de formation plus tard, les sept salariés volontaires s’en sont sortis. Pour Éric, « avant c’était dur, je vivais en trompant tout le monde, je ne l’ai jamais dit à mes enfants ». « Maintenant, ajoute-t-il avec malice, je peux écrire des mots à ma femme. » Christian ajoute : « C’est un soulagement. Je me sens mieux dans mon travail, je suis moins stressé. »
« L’écrit est partout, ce n’est pas parce qu’on fait un travail manuel qu’on n’en a pas besoin », explique Florent Joliveau en montrant les tableaux de mesure, les notices de sécurité sur les machines, et les indicateurs de production.
Le cas de Francepal n’est pas isolé : plus de la moitié (56 %) des 3,1 millions de personnes illettrées que compte la France travaillent. Il ne s’agit pas d’une mauvaise maîtrise de la langue française par des personnes immigrées, moins encore d’analphabétisme : une grande majorité ont fait leur scolarité en France et ne parlent pas d’autre langue que le français.
Olivier Galet nous emmène ensuite sur l’un des sites de L’EnVol, à Châteauneuf-sur-Sarthe. Là, on accompagne des adultes en demande d’emploi, des familles, des retraités. La démarche est celle de l’accompagnement volontaire : tous les « apprenants » ont un jour poussé d’eux-mêmes la porte de l’association. Parce qu’un ami leur en a parlé ou, comme Stéphane, « parce que je voulais pouvoir lire à voix haute le jour de mon mariage ». Sophie, 25 ans, dit : « J’ai deux enfants en maternelle et CP. » C’était le début d’une nouvelle vie. « Je n’osais pas m’inscrire à des activités, aller parler aux autres. J’avais peur de leur regard, qu’on me dise que j’étais bonne à rien. Aujourd’hui je suis parent d’élève, je rencontre les professeurs de mes enfants, je peux les aider après l’école. »
Les fonds remis à l’association qui avait sollicité notre Fondation pour un soutien financier en janvier dernier serviront à mettre en place des ateliers de lecture plaisir autour de thèmes et d’activités ludiques : expression théâtrale, cours de cuisine, slam.
« C’est pour des associations comme la vôtre que nous levons des fonds, explique Carla. Notre souhait est d’aider les gens au plus près, concrètement. C’est le but de l’appel à projets que nous lançons aujourd’hui dans le Nord et dans le Pas-de-Calais. »
Crédits photos : Ouest-France.
*ANLCI : Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme
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