Visite de l’école Olympe-de-Gouges à Bondy (26 novembre 2009)
Elle est venue pour trouver des idées. Carla Bruni-Sarkozy, présidente d’une fondation favorisant l’accès au savoir et à la connaissance, s’est rendue le 26 novembre dernier à l’école primaire Olympe-de-Gouges de Bondy. Pôle d’excellence dans un quartier dit sensible et défavorisé (60 % de logements sociaux), cet établissement inauguré en 2007 dans la partie nord de la ville a une spécificité : le partenariat qu’il a signé avec la Maîtrise de Radio France. Pour la troisième année consécutive, quarante-huit élèves du CE1 au CM1 suivent huit heures de cours par semaine répartis de la sorte : quatre heures de chœurs, deux heures de formation musicale, une heure de piano et une heure de chant.
Bondy entretient une longue tradition avec le chant. En 1945, Roger Tribouilloy créait la Chorale des petits écoliers chantants de Bondy, que l’on a retrouvée sur les albums de Jacques Higelin et d’autres artistes de variétés. Là, c’est un registre différent. Créée en 1946 par Henry Barraud et Maurice David, la Maîtrise de Radio France permet à des enfants à partir de 9 ans d’acquérir une formation dans le domaine du classique sous forme de mi-temps pédagogique. Un accord a déjà été établi avec la cité scolaire La Fontaine dans le 16e arrondissement de Paris. À raison de treize heures de cours par semaine, quatre-vingts élèves s’engagent sur une professionnalisation du chant. Certains s’apprêtent à se produire au Théâtre des Champs-Élysées (La Bohème, 15 décembre 2009) ou en tournée avec La Troisième Symphonie de Mahler. « Dès le collège, ils effectuent une trentaine de dates par an, expose Sofi Jeannin, directrice de la Maîtrise de Radio France. Ils sont dans un cadre prestigieux. Là, plus personne ne court dans les couloirs. Ils sont tenus à une rigueur. Pourtant, ce sont les mêmes enfants. »
Cette jolie mezzo-soprano suédoise est le trait d’union entre deux univers sociaux qui n’auraient pas été appelés à se rencontrer autrement. Les élèves de Bondy donnent pour l’instant deux-trois concerts par an. Pour la Fête de la musique, ils se sont produits au Sénat et à Matignon. Ils ont chanté aussi à Pleyel ou à la salle André-Malraux de Bondy. Ils retrouvent leurs confrères de La Fontaine. « Les parents voient un résultat aux études. L’autonomie, le travail sur l’instrument déteignent sur les mathématiques et la géographie », poursuit la jeune femme. « Cela participe au rayonnement du quartier. Cela fait des modèles, des repères forts, autres que l’image du grand frère dealer. Ils redonnent vie. L’enfant qui entre dans une cité avec un violon n’est plus pris pour un traître », situe Gilbert Roger, maire PS de Bondy.
Depuis 2006, cette ville à 9 kilomètres de la porte de Pantin a entrepris de grands travaux de réaménagement. Et la fierté de Gilbert Roger comme de Yannick Saint Aubert, le directeur de l’école Olympe-de-Gouges, est que les habitants de Bondy Nord restent si attachés à leur quartier grâce à leurs nouveaux points d’ancrage. Yannick Saint Aubert : « Il n’y a pas que les enfants, les parents découvrent aussi autre chose en allant Pleyel. » En septembre 2011, un auditorium et une salle de musique devraient voir le jour tandis que l’école accueillera une section collège.
Accompagnée de Yazid Sabeg, qui lui avait conseillé de se rendre à l’école Olympe-de-Gouges, Carla Bruni-Sarkozy assiste à un cours de chant donné par Sofi Jeannin. Face à la chef de chœur, dirigeant d’une main souple mais ferme, une trentaine d’enfants travaillent un recueil de chants de Noël basques, catalans et castillans (pour deux voix et piano) — ainsi que le Bestiaire de Poulenc. « En 2008, c’était des chants d’Emmanuel Rosenthal et des petites mélodies françaises du 18e siècle, développe Sofi Jeannin. Il y a aussi du Bartók, du Ravel, du Benjamin Britten, de la musique savante pour chœurs d’enfants. »
Sur le côté, Carla Bruni-Sarkozy suit avec attention le cours. Les enfants sont un peu intimidés, nous apprendra Sofi Jeannin. On le devine lorsqu’ils doivent se positionner l’un face à l’autre pour chanter. « Si vous avez du mal à vous regarder dans les yeux, comment allez-vous faire devant huit cents personnes ? », les bouscule gentiment la chef de chœur. Rendez-vous le 18 décembre, à 20 heures, au studio 104 de la Maison de la Radio (salle Olivier Messiaen), pour entendre ces œuvres.
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