ENTRETIEN
En 1986, en pleine percée informatique, Anne Dunoyer de Segonzac, urbaniste, crée l’association L’enfant@l’hôpital. L’idée : donner le meilleur des nouvelles technologies à ceux qui en ont besoin, en priorité les enfants et les adolescents malades. En 2008, L’enfant@l’hôpital est l’une des trois premières associations que Carla Bruni-Sarkozy aide avec les royalties de son album Comme si de rien n’était. Et c’est à l’association L’enfant@l’hôpital que le produit de la vente de la quatorzième édition des Sapins de Noël des créateurs va être reversé. Présentation par sa déléguée générale.
Quand et comment est né L’enfant à l’hôpital ?
L’association, qui travaille à la demande des hôpitaux, accompagne cinquante services de trente-cinq établissements. Cumulant les handicaps, les enfants malades qui séjournent à l’hôpital, souvent issus de familles qui ne peuvent pas les prendre en charge, sont en voie d’exclusion. L’association a été créée au milieu des années 1980, mais c’est vraiment à l’heure de l’Internet qu’elle a pris de l’ampleur, en devenant L’enfant@l’hôpital. En 1998, nous avons réfléchi à notre présence dans ce nouveau monde. Mais on ne voulait pas organiser des chats entre enfants ! On voulait devenir un réseau, une plate-forme, comme une petite université vivante, permettant à des savants, des explorateurs, des étymologistes, des architectes de faire part de leur expérience aux enfants et aux adolescents isolés, séjournant dans des hôpitaux, des centres de rééducation, des CLIS (Classes d’accueil pour enfants handicapés). Avec l’entreprise Sekoya, nous avons testé une première plate-forme, Kanari, puis construit en 2005 un nouvel outil, Kolibri, complété par Radio Kolibri, un média podcast. Ces outils sont des forums privés, sans publicité, permettant des échanges conviviaux, qui apportent la culture aux enfants malades.
Avec qui ces échanges se font-ils ?
Ce peut être des savants ou des explorateurs. Par exemple un lecteur de rue qui fait un voyage de Saint-Malo à Bamako avec un âne, quatre jeunes filles qui traversent l’Atlantique à la rame ou deux cyclistes qui font le tour du monde. Ils correspondent avec les enfants, envoient des nouvelles depuis des cybercafés. Les enfants malades ont particulièrement besoin de héros. Il y a dix ans, une autre opportunité s’est présentée à nous. L’école Polytechnique nous a proposé un partenariat. Pour l’année scolaire 2009, nous avons cinq volontaires polytechniciens en service civil, en permanence sur le terrain. Tous les jours, ils se rendent dans des hôpitaux, des centres de rééducation ou des classes d’accueil pour handicapés. Ils animent nos forums Internet et rebondissent sur les reportages des savants et des explorateurs pour apporter aux enfants une culture de grande qualité, de l’histoire, de la géographie… Par ailleurs, sur Radio Kolibri, les enfants ont la possibilité de s’enregistrer, d’entendre leur voix, de se concentrer sur une information sonore. Pour beaucoup, cet exercice est une révélation. Ils se découvrent eux-mêmes. C’est un problème d’époque. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir un casque toute la journée sur les oreilles… C’est aussi une aide pour les enseignants et les éducateurs spécialisés.
Pourquoi l’informatique ?
Nous avons un parc de deux cents ordinateurs. L’informatique, c’est un outil qui permet d’atteindre des populations isolées, en priorité les enfants hospitalisés. La réalité hospitalière est infiniment variée. Ces cinq dernières années, les demandes émanant de services psychiatriques ont explosé. Il y a beaucoup d’enfants en détresse psychique, autistes à des degrés divers, d’autres qui souffrent de dyslexie, ou ont développé une phobie scolaire. Avant, dans les campagnes, il y avait un nom très poétique pour cela : « école buissonnière ». Maintenant, direction l’hôpital… Parmi les enfants malades, certains, atteints de graves malformations, arrivent directement par avion, sans papiers, avec une pancarte autour du cou. Ils sont dirigés vers les hôpitaux pour y séjourner parfois très longtemps.
Le traitement de l’obésité est également devenu une réalité hospitalière. Les enfants sont là pour maigrir et apprendre à se nourrir correctement.
Vous travaillez aussi avec des art thérapeutes…
Effectivement, nous avons mis en place des ateliers d’écriture pour les jeunes filles anorexiques par exemple, douées en lettres mais qui ont souffert d’un apprentissage académique stérilisant, dévalorisant. Nous avons trois art thérapeutes à Strasbourg, dans la région de Lyon-Valence et en région parisienne. Avec sensibilité et délicatesse, elles animent des ateliers d’écriture et de dessin, qui sont maintenant reconnus par les psychiatres comme des aides efficaces à la thérapie.
Pour 2010, vous avez des projets…
Nous travaillons de manière homéopathique. On discute, on avance, on évalue, on progresse.
Kolibri et Radio Kolibri, les plateformes d’échanges que l’association a construites pour mettre en place et animer cette université interactive, sont maintenant des outils internet libres qui peuvent être adaptés à d’autres structures accueillant des enfants en difficulté d’apprentissage :
- Établissements pénitentiaires pour mineurs
- Classes des quartiers sensibles et des zones rurales
- Classes pour les enfants nomades.
En particulier, nous allons travailler avec les Lassaliens et les Dominicains pour essayer d’adapter nos méthodes aux enfants gitans. Du fait de la signature de la convention de Schengen, 250 000 à 350 000 familles Roms qui viennent de l’Est, en particulier de Roumanie, passent chaque année la frontière. On ne peut les forcer à se sédentariser, mais on peut essayer de leur donner une chance. Les enfants vont peu à l’école, mais ils cherchent dans les poubelles des crayons et du papier…
De quoi auriez-vous besoin aujourd’hui ?
Nous sommes actuellement deux salariés. Et nous engageons une troisième personne, qui a déjà été stagiaire chez nous. Sinon, l’équipe est composée de bénévoles de très grand talent qui offrent leurs compétences au cas par cas.
Le budget de l’association L’enfant @ l’hôpital est de 400 000 euros, dont la moitié est en argent. L’autre moitié est composée de :
- Mécénat en nature, comme celui de Toshiba qui offre des ordinateurs à la demande
- Mécénat de compétence, comme celui de D2SI, qui met à disposition des journées de travail de consultants
- Bénévolat de compétence dont nous venons de parler.
Tous les mécènes qui viennent vers nous, nous les applaudissons des deux mains. Ce qui est important pour nous, c’est que le réseau fonctionne. Et avec des gens sympas, c’est encore mieux !
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