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    Fonds Mondial

    Jacques Hintzy président de l’UNICEF France

    Jacques Hintzy président de l’UNICEF France
    unicef

    Jacques Hintzy président de l’UNICEF France

    Entretien

    Sur le terrain, l’Unicef est l’un des principaux acteurs de la lutte contre le sida en faveur des enfants. C’est un partenaire du Fonds mondial. Carla Bruni-Sarkozy a donc été amenée à rencontrer les représentants de l’Unicef depuis sa prise de fonction comme ambassadrice du Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose, le 1er décembre 2008. Le comité français de l’Unicef, Fonds des Nations unies pour l’enfance créé en décembre 1946 à New York, est présidé par Jacques Hintzy, ancien publicitaire, longtemps bénévole au sein de l’organisme humanitaire. Rencontre à Paris, au siège de l’Unicef.


    Qu’est-ce que l’Unicef ?

    Nous sommes l’agence des Nations unies chargée de la survie, du développement et de la protection des enfants dans le monde. Cela se traduit par la mise en place de programmes de santé, de scolarisation, de protection et de survie des jeunes enfants. Nous intervenons dans des pays où le PNB est très bas et où la mortalité infantile est très haute. Il y a là des enfants en prison, des enfants de la guerre, des enfants exploités au travail, des enfants exploités sexuellement, des orphelins… Nous essayons aussi d’associer les enfants aux décisions qui les concernent. Au Mali, il y a un parlement des enfants. En Sierra Leone, il y a des associations d’anciens enfants soldats. Au Yémen, cette petite fille qui a divorcé à 10 ans a fait avancer la cause pour la lutte contre le mariage précoce. Plus on inclura les enfants dans les décisions, plus ils pourront avoir une vie civique active plus tard.


    Comment travaillez-vous avec les gouvernements ?

    L’Unicef émane de l’Onu, les gouvernements sont donc nos « actionnaires ». Notre rôle est d’effectuer un travail d’ingénierie sociale avec eux. Nous nous situons sur une ligne de consensus. Sur place, grâce à nos relais, nous effectuons des enquêtes, développons un programme, le faisons voter à New York puis le faisons appliquer en collaboration avec les gouvernements. En Chine et en Inde, qui sont des grands pays, nous partons de programmes pilotes. Quand ils marchent, les gouvernements peuvent les étendre à l’ensemble du pays.


    Y a-t-il un mécanisme pour lutter contre la précarité ?

    Théoriquement, il existe dix leviers pour diminuer le décès des enfants. Mais cela change en fonction des pays. Il s’agit alors, au cas par cas de pondérer un éventail de services que nous avons à notre disposition. L’Unicef a la chance d’avoir un fonctionnement assez décentralisé. Nous bénéficions d’une présence permanente sur le terrain, qui nous permet d’avoir un bon diagnostic des problèmes.


    Dans ce dispositif, comment fonctionne l’Unicef France ? Est-ce une filiale ?

    L’Unicef France a trois dimensions. C’est la branche française d’une multinationale onusienne qui a le statut d’association de loi 1901. Avec ses 80 permanents, dont 75 sont au siège, c’est aussi une PME. Avec ses 6 000 bénévoles répartis dans 130 villes et 80 départements français, c’est un réseau franchisé. L’intérêt est que tout résonne ensemble. Le bénévolat, par exemple, nous permet d’avoir des compétences que nous ne pourrions pas nous payer autrement. Des juristes, des avocats de très haut niveau, des chefs d’entreprise, des leaders nous offrent leur savoir-faire.


    Quel est le rôle des ambassadeurs ?

    En arrivant ici, je pensais qu’il n’était pas normal de faire appel à des « célébrités » pour servir notre cause. Le problème des enfants en souffrance me paraissait trop grave pour prendre le risque d’une ambiguïté. Nous n’étions pas là pour redorer leur image. Nous risquions d’abîmer la nôtre. J’avais tout faux. Une personnalité connue permet de réveiller un sujet banalisé, elle ouvre à un nouvel auditoire médiatique, elle utilise un vocabulaire différent du nôtre, qui permet une autre pénétration du message. Certaines cibles ne nous écoutent pas, mais les chanteurs, les comédiens, si. C’est un vocabulaire moins technique, plus affectif. Emmanuelle Béart, qui a été ambassadrice de l’Unicef, utilise des mots que nous n’avons pas. Mais il faut des personnalités de premier plan, des gens dont la notoriété est déjà très installée, comme PPDA, Corneille ou le chef d’orchestre Myung-Whun Chung. Nous n’allons pas les solliciter, nous attendons qu’ils viennent vers nous. Les mandats sont de deux ans. Mimie Mathy, notre nouvelle ambassadrice, avait décidé de nous donner les droits d’auteur d’un de ses livres. Nous l’avons alors contactée. En contrepartie, tous les ans ou tous les dix-huit mois, nos ambassadeurs doivent témoigner par une action de terrain. C’est un investissement : deux ou trois jours de préparation en amont, une semaine sur place, puis deux, trois jours en aval pour parler à la presse. Car si notre message est clair et que notre image est bonne, à part nos cartes de vœux, les gens ne savent pas toujours très bien ce que nous faisons sur le terrain. C’est pour cela que nous avons une vidéaste à plein temps et que nous emmenons des journalistes sur le terrain. Et les ambassadeurs sont nos plaideurs.


    Comment l’Unicef France se finance-t-elle ?

    Nous avançons sur deux pieds : un pied communication, un pied collecte, sans essayer de faire de chaînage entre les deux. Le premier diffuse des messages pour des programmes de solidarité internationale — le message pour les droits des enfants a cette particularité de s’appliquer aussi à la France, alors que nous n’y avons pas de programme (PNB trop élevé comme l’ensemble des pays industrialisés). Le deuxième point est la collecte. Elle se répartit en cinq points. D’abord, les cartes de vœux. Nous en vendons 10 millions par an, cela représente un cinquième de nos ressources. Puis, il y a le mailing et le postage. Sur les 8 à 9 millions de bulletins envoyés tous les ans, 500 000 Français nous renvoient un chèque, dont 109 000 acceptent un prélèvement automatique, de 12 à 15 euros par mois. Il y a aussi le leg et les dons d’assurance-vie. Ils sont de 70 à 80 par an. Cela représente 10 % de nos ressources. Quatrième volet de nos collectes : la collaboration avec des entreprises sous forme de marketing ou de mécénat. Nous avons une trentaine de partenaires parmi lesquels Ikea, France Telecom, Danone, Pampers, Clairefontaine… Le reste des ressources provient des événements et de manifestations dont nous ne sommes pas opérateurs mais qui nous reversent une grande part de la recette. Au total, ce sont 41,5 millions d’euros qui sont dédiés chaque année à des programmes Unicef. Là-dedans, 30 % des fonds vont à des programmes choisis et 70 % sont répartis entre les pays qui correspondent aux critères établis (un faible PNB et un fort taux de mortalité infantile.)


    De quels moyens dispose l’Unicef ?

    Au niveau mondial, l’Unicef déploie 3 milliards de dollars pour 1,5 milliard d’enfants. Cela représente donc 2 dollars par enfant et par an. À titre de comparaison, le budget en France de la participation publique à la prise en charge des enfants (assistance sociale à l’enfance, etc.) est 6 milliards d’euros pour 300 000 enfants. Le fait de ne pas avoir beaucoup d’argent nous oblige à fixer des priorités. Elles sont au nombre de cinq :

    — Survie de l’enfant. C’est un programme pour éviter le décès de l’enfant au cours des cinq premières années. Cela représente 50 % de nos dépenses. Ces morts sont causées par de mauvaises conditions d’accouchement, le tétanos néonatal, des problèmes d’eau et d’assainissement, des problèmes de malnutrition sévères, de vaccinations…

    - Scolarisation. Nous intervenons sur les six premières années à travers des programmes d’alphabétisation (savoir lire, écrire, compter…).

    - Sida auprès des enfants. Nous sommes particulièrement présents sur la transmission de la mère à l’enfant en Afrique subsaharienne et en Afrique de l’Est. La non-transmission peut être éradiquée dans 95 % des cas, mais il faut que les personnes acceptent de se faire dépister et traiter. Seules un tiers des femmes s’y plient. Nous effectuons aussi dans ce sens des campagnes de prévention auprès des adolescents. Pour assister les malades, nous avons des programmes d’antirétroviraux pour les enfants. Il y a aussi des programmes d’assistance aux orphelins du sida. Ils représentent 13-14 millions en Afrique. Ce sont des enfants qui ne sont pas seulement orphelins mais qui ont assisté à la lente disparition de leurs parents, dont les ressources s’évanouissent, dont les terres sont récupérées par des voisins, et qui subissent un décrochage scolaire.

    - La lutte contre l’exploitation et la violence faite aux enfants. Ce sont les enfants en prison, les enfants soldats, l’exploitation des enfants au travail, l’exploitation sexuelle.

    - Convention des droits de l’enfant. Développer des programmes globaux visant à veiller à l’application de ces droits. Par exemple pour lutter contre la traite des enfants, il faut s’assurer que les lois soient votées par les gouvernements, que les postes frontières soient surveillés, que des poursuites des trafiquants soient effectuées, que la population soit sensibilisée, que les enfants soient informés… Ce sont des modes d’action multipolaires et complexes.


            Vous êtes l’un des principaux acteurs de la lutte contre le sida pour les enfants. Pouvez-vous dresser un état des lieux ?

            Pendant très longtemps, beaucoup de gens se sont demandé s’il ne fallait pas considérer un enfant atteint comme condamné. C’était vu comme une fatalité, alors que les médicaments pour les adultes étaient développés depuis plusieurs années déjà. Heureusement, les mentalités ont évolué. Et depuis, dans une une vingtaine de pays qu’on observe, on constate une régression du taux de personnes séropositives chez les jeunes. Il y a 15 millions d’orphelins du sida dont 13-14 millions en Afrique. 2 millions meurent par an à cause du sida. Un tiers des enfants reçoivent un traitement. Ils étaient 75 000 dans le monde en 2005, ils étaient 275 000 fin 2008, ce qui représente 38 % des enfants infectés. En 2008, 4,9 millions de 15-24 ans vivaient avec le sida. Il faut encore que les femmes acceptent ou puissent se soumettre aux tests et aux traitements d’antirétroviraux…


            Qu’est-ce qui a changé depuis la création de l’Unicef France en 1964 ?

            Nous sommes une agence de développement durable. C’est pour cette raison que nos programmes sont de quatre ans. De plus en plus, l’actualité nous rattrape. 30 % aujourd’hui de notre activité est dans l’urgence. On développe alors des plans de six mois. À Haïti, en un mois, nous avons réussi à passer d’une équipe de 50 personnes à 250. Nous avons mis à profit notre bonne expérience du terrain pour mobiliser très rapidement. Il faut être efficace, ce sont des conditions de guerre. Des baraquements avec une douche pour cent personnes. C’est hallucinant comment ça fonctionne efficacement.


            Et vous, personnellement, pourquoi vous êtes-vous engagé dans ce combat ? Y a-t-il un point de départ, quelque chose qui fasse écho en vous ?

            C’est fondamentalement parce que je suis très attaché aux enfants et à toutes les chances qu’on peut leur donner dans la vie. J’ai, au cours d’un voyage en Éthiopie et au Yémen, eu un choc lorsque j’ai vu des petites filles passer leur journée à faire des galettes de bouse de vache qu’elles mettaient à sécher sur la façade de leur hutte pour en faire un combustible. Ceci m’a conduit tout droit vers l’idée de m’engager pour essayer de lutter pour l’amélioration des conditions de vie des enfants. C’était il y a trente-cinq ans…

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