La maison des femmes
ENTRETIEN
Créée en décembre 2007 à l’initiative du Samu Social, la Maison des femmes de Montrouge est un lieu d’hébergement pour femmes en errance. Ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, ce lieu de quatorze lits s’adresse à des femmes sans-abri de plus de 45 ans, en rupture de suivi (social, médical ou autres) et fragilisées par des problèmes de santé (alcoolisme, troubles psychiatriques…). On y accède au fond d’une cour. Face à un centre d’hébergement d’urgence pour hommes, la Maison des femmes se présente en deux bâtiments distincts. Dans le bâtiment principal, une cuisine, des douches, une baignoire, des sanitaires, des chambres de deux lits et une grande chambre de quatre lits. L’autre bâtiment sert de salle de télévision et permet un accès à l’Internet. Chaque nouvelle arrivante se voit proposer une serviette, une trousse de toilette, des draps, des couvertures et une armoire avec un cadenas. Présentation par Armelle de Langlement, responsable du lieu.
Qu’y avait-il avant la Maison des femmes ?
C’était un centre d’hébergement d’urgence (CHU) de 28 femmes, situé comme aujourd’hui en face d’un centre d’hébergement d’urgence pour hommes. En 2007, les locaux ont été réhabilités pour en faire un centre de stabilisation qui permettrait une meilleure prise en charge médico-psycho-sociale au long cours. L’idée était de créer une petite unité (14 femmes) afin de rompre les allers-retours entre les centres d’hébergement d’urgence et la rue et ainsi faciliter le lien social.
Combien de temps peut-on rester à la Maison des femmes ?
La durée n’est pas déterminée, mais nous proposons des contrats individuels de six mois renouvelables autant de fois que nécessaire. Des objectifs à atteindre sont envisagés avec les femmes accueillies, sorte de « contrat de séjour » qui définit ce qui peut être mis en place afin de faire évoluer le cadre social de la personne en fonction des capacités, de l’histoire, du parcours et surtout du desiderata de chacune. Les démarches engagées peuvent concerner leur situation sociale, administrative, ou encore un travail sur leur propre image à travers des soins. À leur demande, nous proposons de voir des assistants sociaux, des alcoologues, des addictologues extérieurs à la structure. L’idée n’est pas de tout faire sur place mais de se déplacer vers le droit commun.
Pourquoi six mois ?
Six mois, c’est une durée minimum qui permet de mettre un travail de fond en place. La personne peut cependant quitter la structure si elle le souhaite. Nous tenterons de l’en dissuader, mais ce genre de décision appartient à chacune d’entre elles.
Quelles sont les étapes du séjour ?
Ici, on réapprend les liens spatio-temporels qui ont été altérés par la rue. On s’autorise d’abord à dormir d’une traite, sans être sur ses gardes, sans avoir peur de se faire voler ou agresser. Quand elles arrivent, beaucoup de femmes font la grasse matinée, elles ont besoin de récupérer. Ici, on apprend à se poser, on s’autorise à reprendre un rythme de vie, une alimentation saine, des soins d’hygiène classiques. C’est un réapprentissage des gestes de la vie quotidienne : réapprendre à faire le ménage, à avoir une hygiène de vie, à laver son linge, à participer à la vie du centre. L’idée est de redevenir acteur de sa prise en charge et de son devenir. L’équipe du centre tente de mobiliser par l’action, de redonner envie de faire. C’est un accompagnement global pour lequel intervient une socio-esthéticienne, un infirmier psychiatrique ou un médecin. Nous sollicitons aussi des arts thérapeutes dans le domaine du dessin évolutif, du chant, de la maîtrise des instruments de musique. Lors des comités de résidents, les ateliers proposés ne convenaient pas aux résidentes qui ont formulé leurs propres envies comme la création de bijoux ou des ateliers couture. Trouver sa place au sein d’un groupe implique d’avoir confiance en soi et en l’autre. Malgré les animations proposées, certaines d’entre elles passent leurs journées dehors, là où elles ont encore leurs repères.
Quelle population accueillez-vous ?
Nous n’accueillons pas de femmes en dessous de 45 ans. La moyenne d’âge est de 55 ans. Ce sont des femmes qui sont bien connues du Samusocial de Paris, pour certaines d’entre elles nous les suivons depuis 1993 (date de création du GIP). La Maison des femmes leur propose une autre façon d’envisager leur devenir.

Connaissez-vous leur histoire ? À quel moment s’est produite la rupture, la cassure ?
Il s’agit, pour la plupart d’entre elles, d’une rupture conjugale. Ces femmes ont eu un foyer, puis il y a eu des difficultés, des traumatismes dans l’environnement affectif qui peuvent parfois remonter à l’enfance. Les repères tombent les uns après les autres : le logement, la famille, les ressources de l’individu, l’emploi. Un pilier qui s’écroule peut en entraîner un autre.
On parle d’un danger plus important pour les femmes dans la rue…
Les femmes dans la rue sont plus fragiles que les hommes face aux agressions. Elles sont très vite en danger. Il y a les agressions physiques mais aussi les agressions du regard des passants. Il est difficile et dangereux d’afficher sa féminité dans la rue. Ici, nous proposons de se réconcilier voire de réapprendre sa féminité. Pour cette raison, nous avons fait le choix d’avoir une équipe encadrante qui ne soit pas entièrement féminine. Avoir des animateurs homme permet de se réconcilier avec l’image masculine qui a pu être très abîmée…
Et vous, personnellement, pourquoi faites-vous cela ? Qu’est-ce qui fait lien avec vous ?
J’ai toujours travaillé dans le social ; c’est ma formation. J’ai été « permanencière » au service du 115, j’ai travaillé dans un centre maternel, en CAT avec une population handicapée physique et mentale, j’ai travaillé avec des enfants de centres sociaux. Je crois que j’avais envie de travailler sur des relations humaines, accompagner l’autre dans son quotidien. Je crois qu’on peut parler là d’authenticité des rapports. On ne va pas être dans le superficiel.
Propos recueillis par LP
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