Cinéma en prison

En 2006, la diffusion sur Arte du film 9 m2 pour deux redonnait un éclairage à l’association Lieux fictifs. Née en 1994 de l’initiative de Caroline Caccavale et Joseph Césarini, deux anciens des Beaux-Arts, Lieux fictifs s’inscrit alors dans le prolongement de sept années d’ateliers vidéo mis en place à la prison des Baumettes (Marseille). Avec la création de la chaîne Télé Vidéo Baumettes, le tandem offre à l’époque un autre accès à la télévision tout autant qu’il met en œuvre une réflexion sur le sens d’une image quelques années avant l’avènement de la télé-réalité. L’expérience est suivie en 1989 d’un premier documentaire, De jour comme de nuit avait été tourné puis, en 1997, de la mise en chantier des Ateliers cinématographiques avec la création d’un studio dans l’enceinte de la prison. « Mettre le cinéma à l’épreuve de la prison, c’est le mettre aussi à l’épreuve de notre société », énonce Lieux fictifs. « Les représentations filmiques dominantes sont de plus en plus enfermées dans des processus de réduction des identités à des stéréotypes, des symptômes névrotiques. (…) Nous cherchons à renverser le point de vue, à rétablir une réciprocité dans les regards (celui qui filme et celui qui est filmé), à reconstruire des récits dans des lieux qui les fragmentent, les isolent, les effacent. (…) Quelle que soit la diversité d’approche dont elle fait l’objet, l’image apparaît comme l’un des pivots de la construction des identités individuelles et collectives. » Écriture, réalisation, production, diffusion : toutes les étapes sont intégrées en parallèle de rencontres, de débats et de partenariats avec des festivals, des revues critiques, des philosophes et des sociologues. Après 9 m2 pour deux, mobilisant dix détenus sous l’œil des réalisateurs Jimmy Glasberg et José Cesarini, Lieux fictifs vient de lancer le projet Frontières sur la question récurrente du dedans / dehors. Le projet s’échelonnera sur quatre ans. Projection en 2013, alors que Marseille sera la Capitale européenne de la culture.

9 m2 pour deux

Beaux-Arts

Jimmy Glasberg

Jose Cesarini